A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: rvcontes et gdscendu.
Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.
Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.
Sainte Théodosie, martyre en 308, sous le règne de Galère.
Ci-dessous la critique De Thomas Sotinel du dernier film de Michael
Haneke.
Pour ceux qui n'ont pas vu "Le Ruban blanc", ou ceux qui
ne l'ont pas revu depuis 2009, je vous recommande de voir ou de revoir ce
chef-d’œuvre.
"Amour" : s'aimer, jusqu'à ce que la mort
vous sépare
LE MONDE | • Mis à jour le
Par Thomas Sotinel
Cet Amour-là unit Georges et Anne depuis des décennies. Michael
Haneke en raconte les derniers moments. Un prologue terrible, inquiétant, ne
laisse aucun doute sur l'issue fatale qui attend les vieux amants. Comment en
douter de toute façon, puisqu'ils ont tous deux passé 80 ans.
A cause de ce prologue, à cause de ce que l'on sait du film, on l'a
découvert, dimanche 20 mai, avec une appréhension qui confinait à la peur.
Jusqu'à ce jour, Michael Haneke a plus brillé par sa lucidité et sa rigueur que
par sa compassion et son empathie. L'agonie d'un vieux ménage pouvait donner
lieu à un spectacle insupportable. Deux heures plus tard, les applaudissements,
d'une chaleur hors du commun pour une projection de presse, saluaient un film
dans lequel on retrouve la force (voire la violence) d'expression de l'auteur, à
laquelle s'ajoute cette fois une délicatesse inédite.
Cette dimension tient au couple que forment Emmanuelle Riva et Jean-Louis
Trintignant. Elle, qui est venue à Cannes pour la première fois en 1959
présenter Hiroshima mon amour, d'Alain Resnais ; lui, qui a reçu le
Prix d'interprétation en 1969 pour Z, de Costa-Gavras, sont des
interprètes au courage immense, dont on ne pouvait s'empêcher de désirer (même
si c'est une pensée un peu futile au regard du film) qu'il soit justement
récompensé.
Après le prologue, une séquence donne une vue éphémère du bonheur qui a été
celui d'Anne et de Georges. Ils sont au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, au
concert d'un ancien élève (le pianiste Alexandre Tharaud, dans un rôle qui n'est
pas tout à fait le sien) d'Anne. Ils vont le saluer dans sa loge, rentrent en
bus dans leur grand appartement désuet d'un quartier bourgeois de Paris.
Dans cet espace à la topographie simple, que l'on va bientôt savoir par
cœur, ils flirtent, échangent des banalités et se couchent. Une foule de
détails, qui tiennent autant au décor (entièrement inventé en studio), à la mise
en scène qu'à l'interprétation, racontent en quelques minutes une vie de couple
harmonieuse, qui s'est sans doute construite en excluant le monde extérieur,
chacun des conjoints trouvant en sa moitié toute l'altérité dont il a
besoin.
Un matin, Anne est saisie d'une absence, premier symptôme d'un grave
problème circulatoire. Une opération tourne mal et la laisse hémiplégique, mais
lucide. Ces premières stations du chemin, dont on sait la destination finale,
sont traitées avec une légèreté, une grâce inattendues. Emmanuelle Riva est
formidable de force, d'obstination. Elle prête à Anne une autorité irrésistible,
à laquelle Georges tente de résister par l'ironie. Quand elle lui demande :
"Que dirais-tu si personne ne venait à ton enterrement ?", il répond :
"Rien, probablement." L'ironie sèche de Trintignant, décuplée par le
timbre de sa voix, a déclenché un éclat de rire comme on n'en a rarement entendu
dans le Théâtre Lumière, à Cannes.
Il s'agissait aussi de se ménager une pause dans la marche à l'abîme. A
l'approche de la mort, Georges et Anne ne cherchent pas d'autre secours que leur
amour. Il n'y a pas d'au-delà pour ces mélomanes professionnels. Elle a été
professeure de piano ; lui, on ne sait pas trop, un intellectuel, sans doute, à
en juger par les rayonnages de livres. Ils croient en l'art, en la raison. Mais
Anne ne peut plus jouer de piano, la musique se tait peu à peu. Le jeune
pianiste leur rend visite, sa peur panique face à la condition d'Anne met les
vieillards dans une sainte colère.
Cette bataille n'a qu'un temps, elle est perdue d'avance : vaincue par des
accidents circulatoires à répétition, Anne sombre dans la démence, pendant que
Georges organise la solitude, écartant tous les importuns quelle que soit leur
légitimité. Eva, la fille (Isabelle Huppert, qui se tient très légèrement en
retrait), comme les infirmières, comme les concierges à la sollicitude
envahissante. A sa fille, Georges dit : "Ça se passera comme ça s'est
passé jusqu'ici. Ça ira de mal en pis. Ça durera, et puis un jour ça sera
fini."
Amour, c'est ce trajet jusqu'au bord de l'abîme que Michael Haneke
invite à faire les yeux grands ouverts. Le metteur en scène autrichien n'a
jamais été un réaliste. Ses scénarios originaux (comme celui d'Amour) procèdent
d'observations minutieuses, qui sont ensuite mises au service d'une histoire, de
personnages. Ces détails matériels - le mobilier, les costumes - serviront
finalement plus au spectateur qu'aux acteurs.
Contrairement à ce qu'il a pu faire par le passé, Michael Haneke n'assigne
pas à ses interprètes une place de rouage dans le mécanisme de son cinéma. C'est
la chair, le sang et les humeurs qui font le film, donc les êtres humains qui se
trouvent devant la caméra.
Emmanuelle Riva d'abord, une dame très chic - de celles dont on vante la
beauté malgré l'âge -, qui devient un être difforme et apeuré, mais un être
avant tout. Jean-Louis Trintignant ensuite, qui affiche un instant sa superbe de
patriarche acariâtre (dans ses duos avec Isabelle Huppert, on retrouve un peu de
la cruauté usuelle de Haneke) pour se laisser un temps envahir par le
désarroi.
Ce décor est filmé dans une lumière nette, qui ne laisse rien ignorer du
passage du temps sur les choses et sur les visages. Pour l'image, Michael Haneke
a fait appel à Darius Khondji, virtuose de la couleur (Minuit à Paris,
de Woody Allen), qui travaille ici, avec sobriété, sur une palette restreinte.
Sous la direction de Michael Haneke, ces couleurs sourdes, cet espace clos,
cette histoire ordinaire, cette poignée de comédiens touchent au plus grand
mystère de la condition humaine.
Film franco-autrichien de Michael Haneke avec Jean-Louis
Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert (2 h 05).
MESA - Ô Ysé!
YSE - C'est moi, Mesa, me voici.
MESA - Ô femme entre mes bras!
YSE - Tu sais ce qu'est une femme à présent?
MESA - Je te tiens,je t'ai trouvée.
YSE - Je suis à toi.
Je ne me recule pas, je te laisse faire ce que tu veux.
MESA -Ainsi donc
Je vous ai saisie! et je tiens votre corps même
Entre mes bras et vous ne faites point de résistance et j'entends dans mes entrailles votre coeur qui bat!
Il est vrai que vous n'êtes qu'une femme, mais moi je ne suis qu'un homme,
Et voici que je n'en suis plus et que je suis comme un affamé qui ne peut retenir ses larmes à la vue de la nourriture!
Ô colonne! ô puissance de ma bien-aimée! Ô il est injuste que je vous ai rencontrée!
Comment est-ce qu'il faut vous appeler? Une mère,
Parce que vous êtes bonne à avoir.
Et une soeur, et je tiens votre bras rond et féminin entre mes doigts,
Et une proie, et la fumée de votre vie me monte à la tête par le nez, et je frémis de vous sentir la plus faible comme un gibier qui plie et que l'on tient par la nuque!
Ô je m'en vais et je n'en puis plus, et tu es entre mes bras comme quelqu'un de replié.
Et dans la pression de mes mains comme quelqu'un qui dort. Dis, puissance comme de quelqu'un qui dort
Si tu es celle que j'aime.
Ô je n'en puis plus, et c'en est trop, et il ne fallait pas que je te rencontre, et tu m'aimes donc, et tu es à moi, et mon pauvre coeur cède et crève!
Il faut savoir présenter des excuses même quand on ne comprend pas de quoi on s'est rendue coupable, car au fond, ce n'est qu'une question de point de vue et surtout d'amour-propre et comme dit une BD - Martin Veyron, je crois,- "L'amour propre ne le reste jamais bien longtemps".
On peut faire du mal sans en avoir conscience et il ne faut pas hésiter à demander pardon à la fourmi sur laquelle on marche sans l'avoir vue, à l'insecte qu'on noie par mégarde en nettoyant la salade et comme j'ai demandé pardon au Petit Ver d'Arc et Senans.
Je suis passée par là en allant de Belfort en Ardèche et plutôt que vous raconter et décrire par le menu la merveille architecturale puisqu'en allant sur le Web vous y trouverez plus et mieux que je ne saurais dire, je préfère vous parler de ce petit ver qui vivait dans un pomme.
J'aime les pommes et aussi marauder; en quittant les Salines pour reprendre ma voiture, j'avise un pommier d'une espèce inconnue (de moi); de jolies pommes vertes, pas encore à maturité, mais cependant tentantes. Certaines étaient tombées et pour y goûter, j'en ramasse une dans laquelle je croque hardiment. Elle était encore acide mais pleine de promesse et j'allais y croquer à nouveau quand sous mon oeil gourmand, sort d'un trou proche de la trace de mes dents, une minuscule bestiole effarée, un petit ver translucide qui dressait et tournait en tous sens une tête étonnée, alarmée... qui m'a fait soudain prendre conscience de la violence de mon intrusion dans sa calme vie de petit ver de pomme.
Je lui ai présenté mes excuses, j'ai reposé la pomme sur l'herbe et j'ai repris ma route....